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INTERVIEW | La résistance contre le plan d’austérité s’organise à l’université de Gand

Sous la pression du gouvernement flamand de droite et du ministre de l’Enseignement Ben Weyts (N-VA), l’UGent a décidé de partir à l’offensive contre le personnel. Tout le monde sera touché, mais surtout le personnel qui a continué à travailler pendant la pandémie dans les garderies, le service de courrier interne et la logistique, les restaurants…



Entretien avec Tim Joosen, délégué ACOD-CGSP UGent

L’Université de Gand est le plus grand employeur de Flandre orientale avec un personnel de 15.000 personnes.


50.000 étudiants y sont inscrits. L’enseignement supérieur flamand manque de moyens depuis un certain temps. Jusqu’à présent, ce problème n’a été l’objet que d’interventions mineures. Notamment sous la pression du gouvernement flamand de droite et du ministre de l’Enseignement Ben Weyts (N-VA), l’UGent a décidé de partir à l’offensive contre le personnel. Tout le monde sera touché, mais surtout le personnel qui a continué à travailler pendant la pandémie dans les garderies, le service de courrier interne et la logistique, les restaurants… Nous avons discuté de ce plan de restriction budgétaire avec Tim Joosen, délégué ACOD-CGSP à l’UGent.


Quels sont les projets de l’UGent ?


« Depuis plusieurs mois, le conseil d’administration discute d’un plan de réforme stratégique de l’université qui prévoit une réorganisation des facultés. Il a immédiatement été lié à un plan d’austérité particulièrement dur. Il peut être utile d’examiner en profondeur l’organisation de l’université, mais le plan de réduction des coûts est inacceptable.

« Les mesures frappent tout le monde. Par exemple, il est proposé de supprimer des jours de congé et les conditions de l’assurance hospitalisation seraient plus sévères, surtout pour les travailleurs plus âgés. Les frais d’inscription des doctorants seraient en pratique doublés : aujourd’hui, ils ne paient que la première et la dernière année, dorénavant ce serait le cas chaque année. En outre, les tarifs en vigueur pour le personnel dans les restaurants universitaires augmenteraient de 50%. Qui mangera encore à ces prix-là ? Et évidemment, la baisse du nombre de visiteurs sera utilisée comme argument pour couper dans le budget des restaurants.

« L’attaque la plus forte menace directement une centaine d’emplois. Il est proposé d’externaliser trois services. Il s’agit d’un restaurant pour professeurs et visiteurs (De Pand), du service de courrier interne et de logistique, et enfin des deux crèches, qui seront gérées sur fonds propres. Aujourd’hui, une partie de la garde des enfants du personnel et des étudiants avec enfants est déjà confiée à l’entreprise Partena. L’UGent veut externaliser toute la garde d’enfants, avec bien sûr des conséquences néfastes pour le personnel et les utilisateurs, puisque la garde privée devra se contenter de moins de moyens.

« Les héros de la crise sanitaire, comme ceux des crèches, ne reçoivent pas aujourd’hui les applaudissements du conseil d’administration de l’UGent, mais un couteau dans le dos. »


Pourquoi ces propositions arrivent-elles maintenant ?


« On nous a expliqué que les problèmes financiers s’accumulent à l’université depuis des années. Mais les syndicats ne sont pas convaincus de la nécessité de ce plan. Il est vrai que le gouvernement flamand a opéré une série de coupes budgétaires dans l’enseignement supérieur. Depuis le décret de financement de 2008, l’enseignement supérieur a perdu jusqu’à 35 % de son budget. Jusqu’à présent, les déficits étaient comblés par de petites économies ici et là ou par le report des rénovations. Aujourd’hui, la direction affirme que les économies doivent passer à la vitesse supérieure.

« Ce plan est également impulsé par le gouvernement flamand. Ce gouvernement de droite veut démontrer que des économies peuvent être réalisées dans l’enseignement supérieur et que les frais de personnel sont trop élevés. Après des années d’austérité « douce », le choix est limité : soit stopper les mesures d’austérité, soit aller encore plus loin. Le gouvernement flamand préconise la dernière option. Si cela se produit à l’UGent, le reste de l’enseignement supérieur suivra. Il s’agit d’un test concernant la faisabilité d’économies difficiles à réaliser. »


Quelles sont les réactions du personnel ?


« Les réactions sont très vives et intenses. Nous pensions bien qu’il y aurait de la colère, surtout que les attaques prévues sont générales. Mais la colère est particulièrement forte. Le personnel des crèches a spontanément discuté d’une grève avant même que le syndicat n’entre en dialogue avec lui. Les travailleurs nous ont contactés eux-mêmes avec une position claire : si l’UGent propose ce plan, alors ils arrêteront de travailler. Un premier jour de grève a donc eu lieu le jeudi 13 janvier.

« Le recteur a d’abord essayé de limiter sa communication. Après la réunion du conseil d’administration, un plan de réforme a bien été annoncé, mais sans précision concernant les économies en jeu. En tant que représentants du personnel qui siègent également au conseil d’administration, nous avons décidé de faire connaître ces attaques. Les réactions ont été très nombreuses et ont témoigné d’une grande combativité.

« Dans les premiers jours qui ont suivi, le personnel des crèches s’est donc mis en grève et la colère est devenue évidente dans la communauté de l’UGent. Une photo d’équipe des crèches avec une croix sur chaque collègue a été partagée en masse. C’est important : cela permet de mettre un visage sur les victimes de cette opération d’austérité. Entre-temps, avec les délégués FGTB, nous avons pris le temps de discuter avec le personnel le plus touché ainsi qu’avec les représentants des autres syndicats au sujet de la lutte à organiser. »


Quelles actions sont prévues ?


« Nous commencerons par une assemblée du personnel en plein air sur le parking du recteur le 25 janvier. Nous y réunirons le personnel le plus touché et nos sympathisants. Il ne s’agira pas encore d’une action de masse, entre autres parce que les examens sont encore en cours et que nous sommes encore sous le coup des restrictions liées à la pandémie. De nombreux collègues travaillent à domicile, la plupart des bureaux sont vides. Cela a pu jouer dans le timing choisi par le conseil d’administration pour lancer son offensive.

« Après les examens et la semaine sans cours, nous mobiliserons pour une manifestation le 23 février. Celle-ci traversera Gand et plusieurs bâtiments universitaires. Nous voulons y réunir le personnel, les étudiants et leurs sympathisants pour démontrer que la communauté de l’UGent ne soutient pas ce projet.

« Ensuite, il y aura une action le 8 mars, Journée internationale de lutte pour les droits des femmes. À l’UGent, il existe une tradition d’actions ce jour-là, notamment concernant le lien entre le combat féministe et le personnel soignant à l’université ou encore le statut du personnel. Juste avant que n’éclate la pandémie, une grève féministe avait eu lieu le 9 mars 2020 pour réclamer, entre autres, une augmentation du salaire minimum à 14 euros par heure. Cette revendication a par la suite été concrétisée. Nous agirons à nouveau le 8 mars de cette année. Le 18 mars, à l’occasion du « dies natalis » (l’anniversaire de la fondation de l’université), nous décernerons des doctorats honoris causa alternatifs aux héroïnes et héros de la crise sanitaire qui sont aujourd’hui attaqués.

« Ce ne sont là que de premières actions. Si nous n’obtenons pas de résultat avec ça, des journées de grève suivront. Nous pourrions avoir besoin d’un plan d’action étalé sur plusieurs mois. »


Pourquoi les étudiants et le personnel de tout le secteur de l’enseignement devraient-ils soutenir ce combat ?


« Comme nous l’avons souligné, il s’agit d’un test pour l’ensemble du secteur de l’enseignement supérieur. Si ce plan est instauré à l’UGent, d’autres universités et hautes écoles suivront. Les recteurs se consultent régulièrement pour faire des économies, et la proposition d’augmenter les frais d’inscription des doctorants vient probablement de ce coin-là. Peut-être envisagent-ils également la possibilité d’une augmentation générale des minervals pour les étudiants. C’est ainsi qu’on fait le sale boulot du gouvernement flamand.

« Contrer cette politique exige de construire un rapport de forces et d’aller arracher plus de moyens pour l’enseignement. Nous avons besoin de plus d’argent, pas de coupes budgétaires. Ce combat doit se mener contre toute la politique du gouvernement flamand, cela requiert l’unité du personnel et des étudiants de la totalité du secteur. »

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